Source  : Rémy Leroux - Protégez-vous

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Le gouvernement a enfin rendu public le rapport sur l’état de la situation concernant la mérule pleureuse au Québec.

Cela faisait, bon an mal an, huit mois que l’on attendait les conclusions du Comité interministériel sur la situation de la mérule pleureuse au Québec. Les experts avaient remis leur rapport au ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux, au début de l’été 2017 et, depuis, plus rien.

Il aura fallu que, début février, le Regroupement mérule pleureuse Québec (qui réunit des propriétaires affectés par le champignon) se rappelle au bon souvenir du gouvernement pour que le rapport État de la situation sur la mérule pleureuse au Québec soit enfin rendu public.

Pourquoi avoir tant tardé alors que ce champignon dévastateur gagne du terrain un peu partout au Québec? Peut-être parce que le Comité a été rassuré par le nombre de cas de contamination qu’il a recensé au cours des dernières années. Les auteurs du rapport affirment en effet qu’en tenant compte «des cas de contamination médiatisés, de ceux qui ont fait l’objet d’une décision juridique et de ceux qui ont fait l’objet d’une déclaration volontaire à la SHQ, 28 cas ont été répertoriés au total depuis 2010».

Une estimation très éloignée des données que le Regroupement mérule pleureuse Québec a obtenues de la firme Enviro-Option, une entreprise spécialisée dans l’investigation et l’analyse de la qualité de l’air intérieur. Selon elle, 98 cas de mérule pleureuse ont été recensés dans la province en 2017, auxquels s’ajoutent une vingtaine de nouvelles contaminations découvertes depuis le début de l’année 2018.

«En 14 mois, ce sont autant de cas qui ont été répertoriés qu’au cours des six années précédentes, explique Maxime Boivin, porte-parole du Regroupement. Et même si la médiatisation de la mérule a participé à rendre visibles un certain nombre de cas, le champignon se répand, c’est une réalité.»

Dans son rapport, le Comité interministériel reconnaît toutefois qu’il n’existe «aucune donnée sur laquelle s’appuyer pour confirmer le nombre réel de bâtiments contaminés par la mérule pleureuse au Québec»; 28 cas, 128, 1 128… finalement, personne ne sait précisément ce qu’il en est, et c’est sans doute là le plus inquiétant.

Les propriétaires aux prises avec la mérule réclamaient de la part du gouvernement qu’il passe à la vitesse supérieure dans la reconnaissance de leur situation. Avec ce rapport, il a accéléré… mais pas franchement.

Une étape importante, mais insuffisante

Le Comité a notamment a émis plusieurs recommandations, relayées par la ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitat, Lise Thériault, désormais responsable du dossier, dont:

• Informer adéquatement la population afin qu’elle soit en mesure de prévenir la contamination ou de prendre des décisions éclairées en cas de contamination;

• Mettre en place des méthodes reconnues pour identifier la mérule et formuler des directives pour encadrer les travaux de décontamination et d’élimination des matériaux;

• Former les professionnels du bâtiment pour qu’ils puissent identifier la mérule et proposer les travaux de décontamination et de réhabilitation appropriés;

• Étudier les effets psychosociaux chez les personnes aux prises avec un cas de contamination;

• Suivre la situation sur la présence de la mérule au Québec et poursuivre l’acquisition des connaissances.

Des recommandations qui vont dans le bon sens, reconnaît le Regroupement mérule pleureuse Québec, mais qui demeurent insuffisantes. «Les propriétaires d’une maison contaminée doivent agir très vite et les coûts de la décontamination sont souvent vertigineux, explique Maxime Boivin. Nous demandions donc qu’un statut de sinistré soit appliqué aux propriétaires touchés et qu’un fonds d’aide soit créé pour les soutenir financièrement.»

Les experts du comité reconnaissent l’absence au Québec d’un «programme de subvention spécifique à la décontamination ou à la rénovation des habitations affectées par la mérule». Ils rappellent également que la contamination à la mérule n’étant pas causée par un sinistre au sens de la loi, «les propriétaires de résidences affectés ne sont pas admissibles aux programmes d’aide financière aux sinistrés du ministère de la Sécurité publique».

Mais ils ne recommandent pas la création d’un fonds d’indemnisation pour autant.

Après la présentation du rapport au début de février, Maxime Boivin s’est entretenu avec Lise Thériault. Elle lui a confirmé son souhait d’obtenir du ministre des Finances qu’il lui accorde, dès le prochain budget provincial, une enveloppe destinée à la création d’un fonds d’aide.

Fasse que l’imminence des élections ne balaie pas ces belles intentions.